Chronique 30 : Le jeûne communicationnel s’impose à tous !

Bien-aimés dans le Seigneur,
paix et joie à vous de la part de Jésus-Christ
notre Unique Sauveur 
!

 

Avec la réception des Cendres, les chrétiens catholiques ont commencé leur marche de 40 jours vers Pâques. Avec la grâce de Dieu, il s’agit d’engager résolument le combat contre tout ce qui nous alourdit, rendant pénible notre marche vers Dieu. Avec la grâce de Dieu, il s’agit de lever les obstacles qui arrêtent notre progrès spirituel, notre élévation vers les hauteurs de la vertu et de la sainteté. L’Eglise nous propose trois activités spirituelles classiques qu’il importe de rappeler : le jeûne, la prière et l’aumône. Des trois, la plus spécifique au temps du Carême est le jeûne. 

En effet, le jeûne rime avec la privation d’une chose nécessaire ou tout au moins agréable pendant une période donnée dans le but de renouer avec l’essentiel. Pour Benoît XVI, « le jeûne  représente une pratique ascétique importante, une arme spirituelle pour lutter contre les attachements désordonnés. Se priver volontairement du plaisir de la nourriture et d’autres biens matériels, aide le disciple du Christ à contrôler les appétits de sa nature affaiblie par la faute originelle, et dont les effets négatifs investissent entièrement la personne humaine. » [1] Pendant ce temps de carême, le chrétien peut jeûner physiquement, corporellement en se privant de la nourriture de manière totale à savoir, manger toutes les 24h ou de manière partielle en sautant l’un ou l’autre des repas ou en se privant de nourriture pendant une certaine période de la journée. De toutes les façons, se priver de l’alcool demeure un effort à la portée de tous ! Le jeûne chrétien n’étant pas une question de performance, le fidèle tiendra grand compte de son état de santé avant de s’y engager. En tout état de cause, le jeûne physique est important et appartient à presque toutes les traditions religieuses. Il purifie entre autres, l’organisme, désencombre l’esprit, renforce la volonté et prépare le chrétien au jeûne spirituel qui, selon saint Basile le Grand, « consiste à s’abstenir du vice, à contenir sa langue, à réprimer sa colère, à dompter ses passions, à s’interdire la médisance, le mensonge, le parjure. [2]

Plusieurs composantes du jeûne spirituel touchent notre communication : « contenir sa langue », « s’interdire la médisance, le mensonge, le parjure ». Mais si au temps de Basile le Grand, la parole était le moyen privilégié de communication, il faut dire qu’en notre temps, la communication humaine s’est considérablement enrichie de nouveaux instruments comme la Radio, la Télévision, le Téléphone androïde et surtout Internet. Le jeûne communicationnel consistera à modérer et à réduire au strict nécessaire, l’utilisation des moyens de communication précités en ce temps de carême. Il s’agit concrètement de jeûner des paroles frivoles, négatives, méchantes et destructrices pour nous et pour les autres. Il s’agit de « dompter » la démangeaison digitale qui consiste à manipuler à outrance, de manière additive et obsessionnelle, notre téléphone portable à l’affût du flux des informations à recevoir ou à publier. Il s’agit de jeûner des heures interminables consacrées à des émissions de divertissement, à des films peu édifiants ou aux jeux vidéo. Comme les autres efforts de carême, le jeûne communicationnel est un chemin de libération pour retrouver le silence intérieur et extérieur, la sérénité mentale et la concentration sans lesquels le dispositif spirituel du temps de carême ne pourra ni tenir, ni fonctionner. Le jeûne communicationnel est à la portée de tous et s’impose donc à tous les chrétiens pour un jeûne complet au service de la prière et de l’aumône !


Que le Seigneur nous en obtienne la grâce !
Fructueux temps de Carême à tous et à chacun !   

 

 


[1] Benoît XVI, Après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits, il eut faim (Mt 4, 1-2). Message de Carême 2009.

[2] Saint Basile le Grand, Seconde homélie sur le jeûne, p. 415-417.


A jeudi prochain, si Dieu le veut !

 

Père Eric Oloudé OKPEITCHA

Diocèse de Porto-Novo